
Lewis Hamilton
Décrié après deux courses médiocres, le pilote McLaren s'est sublimé pour remporter un Grand Prix de Grande-Bretagne disputé dans des conditions dantesques.Le large sourire qu'arborait Lewis Hamilton en descendant de sa monoplace contrastait avec la moue dubitative aperçue la veille après la séance de qualification. Il avait alors terminé à une décevante 4ème place quand son coéquipier Kovalainen goûtait pour la première fois de sa carrière aux joies de la pole position. Dire que Lewis avait la pression avant le départ était un doux euphémisme. Porté aux nues après une première saison quasi-parfaite, il était désormais l'une des cibles favorites des médias britanniques, toujours prompts à brûler ceux qu'ils ont idolâtrés. En se levant le dimanche, il a du accueillir l'arrivée d'épais nuages au dessus du circuit avec soulagement.
Sur une piste détrempée, il a oublié Räikkönen et Webber au départ pour se porter à hauteur de son équipier. Ce dernier ne s'en est pas laissé compter et a fermé la porte avec autorité dans Copse. Les Flèches d'Argent se sont heurtées mais Ron Dennis en fut quitte pour un simple ulcère de l'estomac, un de plus. L'Anglais chercha l'ouverture sur Heikki 5 tours durant avant que ce dernier, en délicatesse avec sa monture, n'abdique à Stowe. La suite fut un savant mélange de brio et d'adresse mâtiné d'intelligence de course.
De nombreux pilotes étaient déjà partis à la faute quand intervint la première salve des ravitaillements. Räikkönen était entre-temps revenu à grandes enjambées sur Lewis et moins d'une seconde séparait les deux hommes. Ils observèrent ensemble leur arrêt aux stands mais optèrent pour deux stratégies différentes. Lewis monta des pneus frais tandis que Kimi conserva les mêmes gommes. La grenouille grise avait le nez creux: la pluie s'intensifia, la Ferrari but la tasse, le Finlandais perdit la bagatelle de 30 secondes (!) en quelques boucles, fin de l'histoire. Enfin presque puisqu'il restait tout de même 40 tours épiques à couvrir. Alors bien sûr Hamilton s'offrit deux excursions hors-piste mais jamais il ne dépassa la frontière ténue entre le très rapide et le grand n'importe quoi. Constamment sur le fil du rasoir, il se construit une avance colossale sans jamais lever le pied. Derrière, le chaos régnait sur la piste où d'abondantes rigoles déferlaient. Les pertes d'adhérence et les figures non imposées furent légion. Massa sortit incontestablement vainqueur de cette compétition avec pas moins de 6 arabesques et une piètre dernière place finale. Autre perdant du week-end: Robert Kubica, alors 3ème, qui perdit le contrôle de sa monoplace et fut contraint à l'abandon.
Comme souvent lors des courses à rebondissements les outsiders parvinrent à tirer leur épingle du jeu. Bien placé sur la grille, Nick Heidfeld livra une course solide pour aller cueillir une belle seconde place et redorer un blason terni par l'ombre grandissant de son ogre de coéquipier. Mais la grosse cote de ce Grand Prix, c'était bel et bien Rubens Barrichello. Toujours aussi précieux et précis sous la pluie, le Brésilien chaussa des pneus extrêmes au moment opportun et tourna alors 7 à 8 secondes plus vite que l'ensemble du plateau. Revenu des profondeurs du classement, il s'invita sur son premier podium depuis Interlagos 2004 (n'évoquons pas Indy 2005...). Sevré du nectar des champions depuis tant d'années, il aspergea de champagne son visage hilare.
Hamilton fut donc prophète en son pays, 8 ans après David Coulthard, qui a annoncé ce week-end sa future retraite, et 13 ans après Johnny Herbert, autre anglais pur sucre. Laissons les comparaisons avec Senna aux vestiaires. Silverstone 2008 n'est pas Donington 1993. Ce qui n'enlève rien au panache et au talent de Lewis du reste, impérial ce dimanche. Räikkönen et Alonso s'en tirent avec les honneurs en terminant respectivement 4ème et 6ème après avoir couru plus d'une dizaine de tours avec des pneus à l'agonie. Kovalainen hérite de la 5ème place et ne parvient toujours pas à concrétiser ses bonnes intentions du samedi en course. Trulli engrange deux unités supplémentaires qui permettent à Toyota de passer Red Bull chez les constructeurs et Nakajima ajoute un nouveau point à son compteur, désormais égal à celui de son équipier Rosberg, diablement rapide mais consommateur frénétique d'ailerons avant: un par Grand Prix depuis Monaco.
Alors que s'achève la première moitié de la saison, 3 pilotes se partagent la tête du championnat avec 48 points: Hamilton, Massa et Räikkönen. Suit à deux longueurs Robert Kubica et un peu plus loin en embuscade Nick Heidfeld. 5ème changement de leader en autant de courses, du suspense, des surprises, des coups de théâtre. Et si la f1 était définitivement redevenue intéressante?